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mardi 30 juin 2015

Critique n°15 : l'admissibilité à l'ENS de Lyon, ou la torture psycho-géographique

Les meilleures choses ont une fin. Donc a fortiori, les moments horribles aussi : c'est donc la fin de la prépa, once and for all. Et comme je suis sympa, je vous emmène avec moi dans l'aventure de l'admissibilité, ce moment où après un mois de semi-vacances on vous apprend que oui vous avez été bon, et que oui ça se paye par un billet de train vers Lyon pour trois semaines de fun. Amazing.

I. L'appel de Gerland

Bien évidemment, personne ne s'attend jamais à être admissible (il y a des exceptions, comme ces élèves portés aux nues depuis le début de l'année par l'assemblé professorale, mais bon) et personne ne s'attend à découvrir Lyon pour une telle raison. Les fous.

Alors je ne vais pas vous faire visiter, mais le site de l'Ecole Normale Supérieure de Lyon est divisé en deux campus, un scientifique, un littéraire (schématiquement). C'est dans le quartier des anciens abattoirs, et c'est assez moche. Oui oui, moche. On se dit que vu les efforts fournis ils auraient pu éviter le préfabriqué dans un quartier de grands ensembles mais bon. Y a quand même des jardins, c'est toujours ça de pris.

N'hésitez pas à loger sur place : il suffit d'envoyer un mail avec votre convocation et un résumé de ce que vous êtes dès minuit le jour-dit, et 30 euros par nuit vous seront débités pour une chambre très correcte. Un hôtel peu cher, avec une chambre entre 15 et 20m2. Certains paient plus pour ça. Par contre, pas d'oreillers, pas de vrais draps, pas de couverture. Camping sauvage sur matelas requis pour une bonne nuit, pensez à vos sacs de couchage et à vos oreillers.

Le Bureau des Etudiants accueille les candidats pour les faire manger (c'est des pâtes hein, ne rêvez pas !) et essaient parfois de vous déstresser, les fous, d'autant plus qu'on parle généralement avec les autres admissibles pour des conversations empreintes de poésie onirique ("ah oui tu es tombé sur ça, oulala c'est dur, mon dieu j'ai envie de mourir").

II. Des épreuves par milliers

On est pas là non plus pour rigoler. Tenue correcte exigée comme on dit dans le milieu, donc sortez vos chemises, des pantalons et chaussures sobres et peut-être une jolie veste si vous êtes un mâle (vous serez peu nombreux, assurez votre coup !).

Pour le tirage c'est extrêmement simple, mais les gens ont tendance à stresser s'ils n'y connaissent rien. Il y a en fait deux salles à connaître : la salle de tirage de sujet pour le français et l'approche des sciences humaines, et la salle de tirage pour tout le reste suivant votre spécialité. Vous vous pointez devant ces salles quinze minutes avant (moi c'était une demi-heure, ne me jugez pas), vous passez par les phases "ça va être tranquille" "oh mon dieu en fait j'ai peur" "j'ai envie de mourir" "tiens si j'allais aux toilettes trente secondes avant", puis on vous fait rentrer, signer, et puis on vous vire si vous n'avez ni convocation ni pièce d'identité : payez la tournée le soir dans ce cas précis. Sinon, on vous donne un sujet dont vous ne voulez absolument pas, et un surveillant vous emmène dans une salle de préparation, et à la fin du temps imparti, il vous remmène dans le lieu de punition divine passage.

Vous avez des dicos et d'autres trucs globalement inutiles sur les tables, mais n'hésitez pas à en chopper un si vous ne comprenez pas le sens d'une référence historico-mythico-philosophique. Le temps de préparation doit être minuté : c'est le moment de vous dire que les colles de l'année ont servi à quelque chose. Pressez-vous sans bâcler le travail, et au pire improvisation de conclusion.

Au moment du passage détendez-vous : ces gars vont voir une vingtaine de candidats chaque jour, ils n'ont certainement pas le temps de vous détruire le portrait et leur parole n'a aucun sens pour vous puisqu'ils ne vous disent jamais rien sur le résultat. Certains tirent la tronche, d'autres acquiescent, faites votre truc ils s'en tapent plus que vous. L'important est de tenir pile le temps imparti : ils aiment bien et SURTOUT ça fait moins de questions. Sans vouloir vous stresser, les questions représentent le moment où vous êtes le plus en danger, même si les questions ne peuvent pas détruire une belle présentation (et peuvent rehausser les moins bonnes). Donc : écoutez les questions, montrez que vous vous y intéressez, répondez à tout ce que vous pouvez et ça devrait bien se passer. Captez l'intérêt du jury en étant intéressé vous même. Notez que des hypokhâgneux ou d'autres gens peuvent assister à votre oral : ils sont derrière vous, ou sur les côtés, et franchement on s'en moque carrément. 

N'oubliez pas le bonjour et le bonne journée, puis rentrez dans votre chambre pour enlever votre déguisement de mec qui passe un oral pour enfiler enfin le T-shirt Rammstein que vous aviez ramené avec vous on ne sait plus trop pourquoi. Vous pouvez avoir deux oraux par jour, donc à répéter. Evitez d'en mettre trois, faut pas pousser non plus.

En lettres vous avez en tout 4 à 5 oraux. En scientifique je m'en cogne carrément. Le seul conseil que je vous donne, c'est : mettez tout sur une semaine. Ca sert à rien, vous allez pas vous stresser comme des poux entre différentes épreuves pour réviser vu que normalement vous n'en pouvez plus de vos programmes et de la prépa en général. Et il paraît que ça donne les dents blanches. Je dis ça je dis rien.

N'hésitez pas à vous détendre entre les épreuves. Je sais ça fait peur, mais une fois que vous êtes là, autant faire confiance une fois de plus à votre cerveau.

III. Le flashback de l'écrit

Pour l'écrit mêmes conseils. Rassurez-vous avec des fifiches, lisez de la fantasy pendant les moyens de transport et go. N'hésitez pas à y croire quand vous faites vos brouillons et que vous vous mettez à rédiger. Pensez à un style haut en se disant que certes on explique normalement pour des gamins de 5 ans, mais que ces mêmes gamins ont 800 points de QI. Ah et oubliez vos notes de l'année. Vos notes de l'année, c'est l'entraînement pour la vraie chose, elles ne valent rien donc tentez des trucs. Sauf si vous voulez déjà khûber, car à ce moment il faut faire genre on écoute bien les profs et on fait comme eux. Oui oui, se soumettre pour gagner un an. Après faites-vous plaisir. Vous pouvez réussir l'écrit contre l'avis de vos professeurs de toute l'année (je ne pense à personne...).

Ah et avec deux mois de retard, parlons du contenu de ces écrits (je sais cet article ésotérique ne va pas intéresser grand monde). Rappelez-vous, je suis option histoire-géographie et je passe Lyon donc je n'ai ni latin ni grec mais une épreuve de géographie. N'hésitez pas à voir ça si vous voulez un vrai flashback. Les épreuves écrites c'était donc en avril alors que les résultats d'admissibilité c'était le 4 juin. Oui vous avez le temps de stresser (ou de faire des colles, ce qui est beaucoup plus enthousiasmant n'est-ce pas). L'ordre est souvent l'ordre que je vais vous donner.

a) Géographie : comment les réseaux et les flux recomposent t-il les territoires ? Après une année à traiter du monde SUBLIME de la planète financière, où les grands mangent les petits en dansant sur leurs restes, le sujet est assez bateau, et je ne dis pas ça parce qu'il y a des flux maritimes aussi.

b) Histoire : presse quotidienne, culture et politique sous la Troisième République. Ca c'est le sujet de la flemme : le jury a pris l'intitulé du programme de l'année en mettant à côté presse quotidienne. Les coquins. Du coup oubliez comme d'habitude 75% de ce que vous avez appris pour garder uniquement la presse quotidienne. Et comme c'est quotidien, oubliez aussi tout le reste de la presse. C'est quand même beau le concours, on apprend l'équivalent d'un bras et on nous demande un doigt.

c) Français : vous avez cru que j'allais vous recopier la citation en entier de Leiris (L'âge d'homme) sur l'autobiographie ? Très drôle. Comme d'habitude en français, seul l'axe 1 du programme a une importance ou presque. 

d) Philosophie : beaucoup ont parlé de cette épreuve, beaucoup en ont ri. Excepté mon sourire de 10 secondes au début de l'épreuve je n'ai pas eu pour ma part le temps de beaucoup sourire. Pensez donc, mon tuto sur Dominions 4 me stressait plus (ce n'est pas tout à fait vrai). Bon du coup le sujet était : expliquer. Le programme étant la science, ça se tenait. Et puis au moins ça reste assez peu précis pour qu'on problématise. "Le syllogisme" aurait moins bien rendu.

e) Anglais : un texte où ils ont réussi à cadrer une phrase sexuelle, les coquins.

f) Ma foutue spécialité : un texte de Théodore de Bèze (ne riez pas il était protestant pur et DUR...Pardon) et une carte un peu pourrie à proximité immédiate de Grenoble. Y a du ski, mais une station, y a des industries mais bof, y a des habitants mais bof, y a une bonne desserte mais bof. La carte du bof. De bof à beauf il n'y a qu'un pas. Ce qui est bien avec le texte d'histoire, c'est que non seulement le programme d'histoire romaine disparaît purement et simplement (tout comme 99% de la France en géographie) mais en plus on te demande 5% de ton cours. C'est beau.

IV. Bref, l'oral

Je ne vais pas détailler ce que j'ai eu, ça n'a aucune importance et je n'ai pas à stresser les candidats qui continuent de passer (si tant est qu'ils tombent sur ce blog inconnu de tous, ce dont je doute en plus vu qu'ils ont oublié les loisir, le soleil en même temps que la vie, mais bon).

En histoire un simple sujet, parfois précis, parfois un peu plus large. En géographie une carte (encore). En français oubliez tous les livres sauf un. En presse anglais parlez anglais.

Et puis il y a la fameuse épreuve "Approche des sciences humaines" qui nous force à lire uniquement pour l'oral à peu près 2000 pages, parfois de spécialistes, tout ça pour tomber sur UN passage (pire que le français) et d'essayer d'élaborer une petite réflexion à partir de ça (le mix entre français, philosophie et histoire quand vous pouvez). C'est pas un grand coeff, je vous conseille de bien connaître la structure du livre plutôt que de tout lire et de tout oublier. Connaissez les titres et les sous-titres, et ce qu'il y a dedans en gros et c'est parti. Feuilletez les bouquins pour vous les approprier. Entre Vernant le cador de la culture grecque, Beauvoir et sa passion sur l'histoire, la psychanalyse, la SVT des femmes, Bourdieu et son langage imbuvable, Starobinski et sa trop grande finesse de réflexion, Said et son sujet ramené assez lourdement tout le temps, et Arasse qui s'intéresse trop aux tableaux et qui nous force à avoir un semblant de culture, vous avez de quoi faire, mais sans oublier que vous avez d'autres épreuves avec un meilleur coefficient.

Conclusion

Pour le prix d'un billet aller-retour pour Lyon et pour 30 euros par nuitée, avec un cadre bon pour l'étudiant et mauvais pour l'urbaniste et l'architecte, allez-y à fond pour l'oral, tant pis pour après. Dites-vous quand même que en tant qu'admissibles vous faites partie des 4% du total des candidats, et que l'admission est à 50% de réussite, c'est pas mal quand même.

Et ainsi se clôt ce qui apparaît vraisemblablement comme le dernier message concernant la prépa. Adieu donc misérable concours, on se retrouve à l'agrég.

jeudi 28 août 2014

Critique n°9 : le Guide de la Prépa Littéraire

A la veille d’une troisième année de prépa littéraire, il est peut-être temps de tracer le bilan d’une année d’hypokhâgne et d’une année de khâgne, et de donner envie ou non à d’autres de suivre la même voie. Et de leur expliquer de quoi il retourne exactement. Donc let’s go.

La fuite ?

Ou l'aventure ?

I. Une prépa littéraire, mais pourquoi faire ?

On distingue traditionnellement la prépa de la FAC pour plusieurs raisons :

- Les horaires : plus de trente heures de cours par semaine en prépa contre moins de vingt heures en FAC. Rajoutez à cela les oraux réguliers dans toutes les matières, qu’on appelle des khôlles, des concours blancs, et des devoirs réguliers le samedi matin. La FAC bien sûr a les partiels à chaque fin de semestre et organise aussi des oraux devant la ‘classe’, mais en proportion moindre.

- La formation : histoire, géographie, philosophie, français, langue vivante 1, langue vivante 2, langue ancienne. L’éclectisme de la prépa n’est plus à présenter, face aux licences généralement spécialisées. On raconte aussi (et je peux l’affirmer) que les professeurs sont plus exigeants, notent plus sévèrement, et que la quantité de travail à abattre est plus importante vu le nombre de matières. Beaucoup d’anciens élèves disent que la prépa leur a donné des méthodes de travail efficace, et je ne peux que les comprendre.

- Les enjeux : c’est là que réside peut-être la plus grosse différence. La prépa prépare au concours de l’ENS, l’Ecole Normale Supérieure d’Ulm ou de Lyon, suivant les options prises en khâgne. Ces concours sont très difficiles (moins de 4% d’admis sur toute la France) mais une fois pris, le nouveau normalien est pris en charge par l’état : il dispose d’un salaire mensuel pour finir ses études et est logé. Il devra ensuite dix ans à l’état, mais aura de grands avantages au niveau du salaire et du CV. Mais les élèves, grâce à la Banque d’Epreuve Littéraire (BEL) peuvent aussi passer en même temps d’autres concours, les menant de Saint-Cyr à Sciences PO en passant par des écoles de gestion et de journalisme. Le concours se déroule vers la fin de l’année de Khâgne autour d’un programme annuel. Certains concours donnent l’occasion de passer quelques épreuves complémentaires.

En bref, la prépa est une formation assez difficile et menant vers de grandes écoles. Notons aussi qu’un élève de prépa dispose d’une équivalence avec la FAC dans la licence de son choix. Ainsi, bien qu’en prépa, je peux entrer à Paris-Sorbonne en L3 d’histoire et de géographie.

II. Vivre la prépa

Il y a des avantages donc à passer par la case prépa. Mais ça, c’est la théorie. En pratique, c’est plus ardu qu’il n’y paraît.

1) L’Hypokhâgne

A mon sens, l’année la plus difficile. Tout juste sorti du BAC, on nous demande une grande culture littéraire qu’il s’agit d’étendre le plus rapidement possible dans tous les domaines. Les cours sont très détaillés, et renvoient à nombre d’ouvrages à lire en bibliothèque. Certains cours sont même complexes. Les horaires sont assez lourds. Les devoirs réguliers de cinq ou six heures ne sont pas vraiment reposants. Les khôlles qui demandent généralement une heure de préparation pour trente minutes de passage sont éreintantes. Certains professeurs n’hésitent pas à vous critiquer très durement sur vos copies, en khôlle et parfois devant la classe, et certains élèves sont un peu trop élitistes et suffisants pour que les échanges verbaux se passent bien. Bref, l’année fatigue.

Mais c’est aussi l’occasion de rencontrer des gens venus de toute la France et partageant votre goût pour les matières littéraires, et ainsi de créer des amitiés durables dans l’atmosphère parfois oppressante de la prépa. C’est aussi le moyen de redécouvrir des matières, qui peuvent apparaître d’un coup comme passionnantes et déterminer votre voie. Et c’est parfois l’occasion de vivre seul ou en colocation loin de la famille. On grandit beaucoup en prépa.

La phase la plus tendue de l’année est généralement entre décembre et janvier. C’est l’occasion des conseils de classe, les mauvaises notes tombent et le concours blanc d’avant Noël est assez déprimant. Il faut passer cette phase avec sérénité : vous pouvez vous améliorer, et vous pouvez passer en khâgne. Faire du mieux qu’on peut, et prendre ce que la prépa donne est le seul moyen de bien vivre la phase prépa.

L’hypokhâgne propose comme matières deux langues vivantes (4h/2h), une langue ancienne (entre 2h et 4h, entre débutants et confirmés), de l’histoire (5h), du français (5h), de la géographie (2h), de la philosophie (4h), de la culture antique (1h) et une ou deux options. Ces options dépendent des lycées, et on retrouve musique, théâtre, cinéma, géographie option (maîtriser la cartographie) et d’autres matières. Les effectifs sont généralement assez importants (entre cinquante et soixante élèves dans les cas les plus graves).

L’année est à mon sens assez difficile vu l’écart entre le degré d’exigence de la terminale et de l’hypokhâgne : déjà, pour être bon en langues, il faudrait déjà être bilingue voire trilingue. Ce qui était très loin d’être mon cas. Les notes sont désespérément basses, parfois malgré le travail qu’on peut fournir : le 4 en philosophie a été mon quotidien jusqu’en Khâgne. Et surtout, il n’y a aucun programme, et les professeurs font ce qu’ils veulent.

2) La Khâgne

C’est l’année du concours. On a survécu à une année d’hypokhâgne, on a un programme dans toutes les matières, il est temps de se battre. Il faut d’abord choisir sa classe : classique ou moderne. Suivant cela, vous passerez le concours d’Ulm ou de Lyon.

Les deux concours présentent une épreuve de philosophie, d’histoire, de français, de langue vivante, et de spécialité. Les classiques ont en plus une épreuve de latin, et les modernes ont en plus une épreuve de géographie. La spécialité peut être la philosophie, l’histoire-géographie (la géographie option en hypokhâgne est ici très utile), les lettres modernes, les lettres classiques, la musique, le théâtre et bien d’autres. Personnellement, je suis en khâgne moderne spécialité histoire-géographie.

Cette année m’apparaît moins ardue : certes, il faut engloutir une masse considérable de connaissances, les notes ne sont pas toujours bonnes, mais on a enfin un programme, on sait quoi lire, on a quelques méthodes de travail et surtout on a fait une année de prépa derrière.
Le moment le plus dur, outre le concours, est l’attente des résultats. Le concours est en avril, les résultats en juin, et sans savoir si on est admissible quelque part, on révise les oraux. Et puis le résultat arrive : rien, sous-admissible, ou admissible. Les sous-admissibles ne passent pas l’oral, et rien ne semble différencier ce statut de celui qui n’a rien eu. Seulement, ils peuvent le marquer sur un CV, car ils sont relativement peu en France, et ils peuvent demander deux licences en FAC. Quant aux admissibles, ils partent à Paris ou à Lyon passer leurs oraux.

Détaillons un peu les épreuves. A l’écrit, on retrouve une dissertation de philosophie, d’histoire, de français et de géographie pour les modernes, avec six heures de composition, et cinq pour la géographie.  Il y a aussi une version et un commentaire en langue vivante  de six heures, et en langue ancienne pour les classiques, entre quatre et six heures suivant le sujet choisi. N’oublions pas la spécialité : commentaire de texte pour les lettres modernes, thème pour les linguistes, dissertation en musique et en théâtre, à vous de vous renseigner pour le nombre d’heures. En spécialité histoire-géographie, on a deux épreuves de trois heures : un commentaire de texte historique et un commentaire de carte topographique. Voilà pour l’écrit.

L’oral est un peu différent, et surtout on distingue cette fois les classiques des modernes. Les derniers n’ont ainsi pas de philosophie, mais un oral d’approche des sciences humaines avec des livres au programme. Vous verrez quand vous y serez !

Des épreuves complémentaires vous attendent ou pas pour les autres concours, et des oraux complètement différents pour les admissibles dans ces concours.

Concours : expectation...

...versus reality

 III. Et toi alors ?

Je suis parti à Paris pour faire mes deux premières années de prépa. J’ai pris 4h de latin débutant et l’option géographie. Je suis ensuite passé en khâgne moderne spécialité histoire-géographie avant d’être sous-admissible au seul concours que j’ai passé, c’est-à-dire l’ENS de Lyon.

Mon bilan transparaît largement dans ce que j’ai dit plus haut : difficile, éreintant, mais intéressant. Certains professeurs ont été des peaux de vache, surtout en langue. D’autres étaient plus sympathiques. Les notes, sans être catastrophiques, n’étaient pas forcément très élevées. J’ai fait de très belles rencontres. Une vie d’étudiant classique en somme !

IV. Des conseils ?

Les méthodes pour survivre en prépa sont simples mais efficaces :

- Dormir régulièrement plus de sept heures. Le sommeil est très important. Qu’importe le travail en cours, couchez-vous à heures fixes. Au milieu de la nuit, croyez-moi, vous n’êtes pas très efficaces. Faites vos devoirs maisons en avance pour ne pas avoir à faire une nuit blanche. Le sommeil vous répare et vous permet ensuite de passer une bonne journée studieuse, alors ne le négligez pas. Et cela déstresse.

- Manger trois fois par jour. Là aussi, c’est vital. Votre corps a besoin de nutriments pour vivre. Et quand vous exercez une activité intellectuelle intense, il a aussi besoin d’énergie. Mangez au petit-déjeuner, à midi, et le soir. Pendant vos pauses aussi, mais sans trop abuser. C’est déstressant en plus.

- Essayez de faire du sport. Souvent impossible à tenir, parce qu’on a pas de temps, parce qu’on est occupé. Mais le mieux que vous puissiez faire, c’est d’en faire un une fois par semaine. Ca défoule et ça déstresse. La course à pied, le vélo et la natation seront vos meilleurs alliés contre le stress.

- Détendez-vous et sortez vous aérer le cerveau. Très facile à faire ça par contre. Youtube risque de devenir votre meilleur ami, mais n’en abusez pas ! Vous ne pouvez pas travailler à fond tout une journée : vous n’êtes pas efficaces et vous finissez par craquer pour rien. Alors sortez voir des expos, des amis, vous balader. Lisez des trucs moins studieux. Jouez à des jeux vidéos, regardez des séries. Buvez du thé en contemplant une rue. Je vous laisse choisir ! Quand vous vous remettrez à travailler, là vous serez efficaces. Alors ménagez-vous TOUJOURS des pauses.

- Ne stressez pas. Oui, plus facile à dire qu’à faire. Trop de travail, trop de choses à faire, tout se mélange dans votre tête, et le stress monte. Mais votre vie n’est pas en jeu. Quand vous êtes affreusement stressé, un conseil, faites une pause ou du sport, ou bien mieux : dormez. Ca ira tout de suite mieux après. Vous n’êtes pas très efficaces quand vous stressez en-dehors des épreuves de six heures et des concours (où on est presque obligé de stresser).

- Ne déprimez pas. Oui, plus facile à dire qu’à faire. Le travail est là, et les notes ne montent pas. Vous voyez moins votre famille et vos amis. Vous êtes fatigués de travailler. Certains élèves sont vraiment puants. Certains professeurs sont vraiment sadiques. Vous êtes désespéré d’être célibataire peut-être (plus courant qu’on ne croit). La prépa vous force à faire des bilans existentiels. Une seule solution : faire tout ce qui est listé au-dessus. Revoir des amis, prendre un billet de train pour rentrer chez soi, sortir manger au restaurant, regarder des séries ou des films, lire des choses badines sans importance. Ou bien faire du sport. Les solutions ne manquent pas. Et rassurez-vous, vous êtes loin d’être seuls à ressentir ça dans votre classe. Dites-vous bien que vous êtes déjà formidable d’être parvenus jusqu’en prépa, et d’avoir tenu autant de temps (certains partent dès le début). Dites-vous bien que l’année d’avant vous étiez en terminale, et que votre évolution est notable. Dites-vous bien que vous avez de la chance d’être là plutôt que d’être caissier au supermarché. Dites-vous bien que les professeurs que vous avez ont fait le même parcours que vous, et ont aussi subi les commentaires déplaisants d’anciens professeurs et des notes faibles. Y a-t-il encore des raisons de déprimer ? Et si oui, parlez-en à vos potes de prépa. Et si vous prétendez ne pas en avoir, il est temps de s’y mettre ! Chaque problème a sa solution. 

- Soyez confiant. C'est la dernière chose à dire. Un travail sérieux n'est jamais inutile, et surtout pendant l'année du concours. En hypokhâgne, les professeurs sont trop libres d'aller un peu partout et parfois ne s'en privent pas, ce qui fait que votre travail semble tout le temps tomber à l'eau. Mais ce n'est pas le cas. Et c'est encore moins le cas en Khâgne. Vous voulez des exemples ? Il n'y a que ça. Vous vous rappelez que j'ai dit que pendant une année entière, j'ai eu 4 en philo ? Eh bien j'ai eu 14 au concours. Ce qui est vraiment pas mal. Mon secret ? N'avoir jamais abandonné. C'est la clé ! Alors soyez confiant.

Survivre en prépa en travaillant régulièrement est en fait plus simple qu’il n’y paraît. Le principal est de se dire qu’on fait du mieux qu’on peut dans des études difficiles mais parfois gratifiantes.

Conclusion

Formation dure et gratifiante, la prépa vous laissera des marques. Mais vous apprendrez beaucoup d’elle. Plus que vous ne le pensez. Alors je vous conseille si vous vous dirigez vers des études littéraires de tenter l’aventure. Au pire, vous partez à la fin de la première année avec des méthodes de travail, une culture plus étendue, et une équivalence pour ce que vous voulez faire. Et au mieux, vous finissez normalien. Il n’y a pas de perdants en prépa !

Et puis, surtout, on peut en rire, et c’est l’essentiel :


Alors salut !